Le Grand Déraffinement
Domestiquer l’eau
Collectif JGJ : Julie Brugier, Germain Croze, Jeanne Riot
 



Confort, subs. masc. Équipements susceptibles de rendre un lieu d’habitation confortable selon les normes de l’époque actuelle.
La blancheur de nos faïences n’est-elle pas le reflet du confort de notre époque ? Celui-ci dénonce le sale, le mettant tout de suite en évidence. L’habitat urbain, dans son raffinement hygiéniste, valorise le neuf et le propre par un renouvellement permanent de nos ressources matérielles. Ainsi, l’eau de nos toilettes est aussi limpide que celle que nous buvons. Toute eau utilisée devient “usée” et est en ce sens à renouveler. Sans hiérarchie et sans cycle, notre eau est seulement consommée et non pas gérée.

Ce projet s'inscrit dans le début d'une démarche visant à bousculer nos normes de confort, par l’introduction d’un cycle d’eau non potable dans l’habitat urbain.
Quels usages durables de l'eau ? Comment économiser et réutiliser durablement cette ressource ? Comment faire entrer de l’eau “ sale ”, ou “ recyclée ” au sein même de nos lieux de vie ? Comment offrir par l’objet, un nouveau rapport aux eaux “ usées ” ? Comment changer ses habitudes et modes de faire ? Quelle salle de bain économe et quels objets et techniques simples pour y parvenir ?

Nous proposons de redéfinir chaque point d’eau de l’habitat, ainsi que les liens qu’ils entretiennent entre eux, afin de générer une nouvelle circulation de l’eau. Provenant du recyclage de nos eaux domestiques, cette eau de seconde main génère des usages différents, hiérarchisés en fonction de chaque activité. L'enjeu étant de concevoir des objets simples d'usages et de fabrication, autant dans leur utilisation quotidienne que dans leur nettoyage et entretient.



Gouttière

La gouttière est le seul point d’eau de l’habitat qui n’est relié à aucune évacuation d’eau. Il ne nécessite pas d’arrivée d’eau, et doit être vidé et rerempli avec de l’eau propre chaque semaine. Il est en celà complètement autonome. Son réservoir permet la filtration et le stockage de 5 litres d’eau, juste assez pour se laver les mains. Un robinet rend accessible la réserve d’eau filtrée. On peut s’y servir à l’aide d’un récipient. Cette eau est ensuite versée dans l’entonnoir, qui permet un écoulement d’eau faible et continu. L’autonomie de cet objet en fait un réel mobilier. Il est équipé d’un filtre mécanique et d’un filtre à charbon. Il peut également être utilisé à d’autres emplacements de l’habitat, ou en extérieur, alimenté par l’eau de pluie.




Lavoir

Le lavoir permet la filtration et le stockage de 60 litres d’eau de douche « usée ». Il est équipée d’un filtre mécanique et d’un filtre au charbon. La pompe, branchée sur le réservoir, permet d’avoir accès à la réserve d’eau filtrée. Celle-ci peut être utilisée pour le ménage, pour arroser les plantes, nettoyer du linge sale ou des objets volumineux, ou encore être reliée directement à la chasse d’eau. Le bac devient alors un espace de travail à part entière. On peut s’y asseoir, y effectuer d’autres tâches domestiques acceptant l’usage d’une eau de « seconde main ». D’autre part, le sol en cèdre entame naturellement la filtration de l’eau grâce à ses qualités bactéricides. Sa surface peut servir pour frotter le linge. Le bois dégage une odeur agréable au contact de l’eau.




Fontaine & Crachoir

La fontaine s’associe au crachoir, sans lequel elle ne peut fonctionner. Seul l’eau n’ayant pas été en contact avec la bouche peut s’y écouler, le reste devant être évacué par le crachoir. Elle permet la filtration et le stockage de 10 litres d’eau, quantité nécessaire à la toilette de deux personnes. La pompe mécanique, branchée sur le réservoir, permet d’avoir accès à la réserve d’eau filtrée. L’eau recyclée du réservoir sert au lavage des mains, ou du visage. La fontaine est équipée d’un filtre mécanique et d’un filtre au charbon.
Le crachoir est un objet nécessaire à la toilette corporelle. Il fonctionne en binôme avec la fontaine. Il a pour rôle d’évacuer les déchets et sécrétions corporels générés par cette activité. Il prend le statut de point d’évacuation, à la manière de la fosse. Les eaux très usées y sont ainsi évacuées, permettant au lavabo de ne filtrer que les eaux les plus propres. Le crachoir sert principalement à se raser et à se brosser les dents. Sa terre chamottée accompagne les déchets qui s’y écoulent.





Bassins

Ces deux vasques servent à l’entretien de la cuisine. La première est destinée au lavage des légumes et fonctionne avec un filtre mécanique et un filtre minéral. La couche supérieure de celui-ci est constituée de pierre de lave possedants des qualités bactéricides. Les pierres peuvent servir au nettoyage des aliments. Ce filtre génère un écoulement assez lent : les pierres s’immergent, puis l’eau s’écoule lentement. Son réservoir permet la filtration et le stockage de 5 litres d’eau, quantité nécessaire au nettoyage des légumes. La pompe, elle, permet de faire remonter l’eau filtrée vers la vasque.
La seconde vasque permet le nettoyage de la vaisselle. Elle est basée sur le même principe que la première, mais possède un filtre mécanique accompagné d’un filtre charbon, ainsi qu’un bouchon.



Fosse

La fosse est le point d’évacuation des eaux usées de l’habitat. L’eau qui s’y évacue est considérée comme non réutilisable, elle se situe en fin de chaîne. Elle sert à la fois à l’évacuation des selles humaines , mais également à l’évacuation de toute eau considérée comme trop souillée pour être filtrée. Sa cuvette en cèdre est bactéricide, et est accompagnée d’un bouchon, permettant de celer la fosse.




Filtration



La filtration est au coeur de ce dispositif et les filtres employés sont à l’origine de son identité. Nous proposons d’assumer pleinement la qualité filtrante de ces nouveaux points d’eau. C’est donc en rendant visible les éléments de filtration (filtre à charbon, filtre minéral), que l’objet se rend lisible. La pierre devient même dans certains cas un outil.
Ce parti pris esthétique permet de confronter l’utilisateur à l’action de la filtration, afin qu’elle ne soit plus cachée et évacuée comme quelquechose d’insalubre. D’autre part, la filtration au charbon est une filtration lente. À l’usage, les pierres s’immergent, puis l’eau s’écoule lentement. Cette lenteur permet d’amener un nouveau rapport à la ressource, et à son utilisation.